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Initiation aux méthodes intégrées au jardin potager

Glyphosate ; toxicité et risques d’exposition

Merci de bien vouloir faire connaître ce site internet à vos proches et tous ceux qui sont intéressés par les méthodes intégrées en agriculture.

Chapitre : Traitements

Articles précédents ou suivants ; cliquez sur un titre pour accéder à la page

- Les traitements bios ou conventionnels contre les bioagresseurs.

- Quelques remarques sur les pesticides homologués en agriculture biologique.

- Composés à base de cuivre et de soufre.

- Les pyréthrines.

- Huile de neem et spinosad.

- Les vertus du purin d'ortie passées à la loupe.

⇒ Glyphosate ; toxicité et risques d'exposition.

Le CIRC (Centre international de recherche sur le cancer), émanation de l’OMS, a classé en 2015 le glyphosate comme cancérogène probable pour l’homme (Groupe 2A). Quelques mois plus tard, l’EFSA (Autorité Européenne de Sécurité des Aliments) et l’EChA (Agence européenne des produits chimiques) ont publié leurs propres expertises précisant que le glyphosate ne serait pour l’homme ni cancérigène, ni mutagène, ni toxique pour la reproduction. Les autres agences non européennes ont émis un avis similaire (voir quelques avis en fin de page).

Pourquoi une telle différence d’appréciation ?

Le groupe 2A dans lequel figure le glyphosate rassemble les substances dont la cancérogénicité chez l'homme est limitée mais avec des preuves suffisantes de cancérogénicité chez l'animal. Cette liste met surtout l'accent sur le danger lié aux agents. Le CIRC précise lui-même que « La classification indique le poids de la preuve quant à savoir si un agent est capable de provoquer le cancer (techniquement appelé « danger »), mais elle ne mesure pas la probabilité qu’un cancer se produise (techniquement appelé « risque ») à la suite d’une exposition à l’agent (1). Il appartient aux agences sanitaires d’étudier les risques liés à la dose d’exposition, c'est-à-dire de la probabilité de développer un cancer compte tenu du niveau d'exposition à l’agent cancérogène.

Négligeant l’avis du CIRC précisé plus haut, la plupart de ceux qui militent contre l’usage du glyphosate préfèrent disqualifier les agences sanitaires et mettre en cause l’intégrité des experts impliqués. Les agences sanitaires sont accusées d’être influencées par des lobbyistes de l’entreprise Mossanto-Bayer productrice des préparations contenant du glyphosate. D’autres détracteurs remettent en cause le système d’évaluation des risques par les agences sanitaires, leur manque de transparence, l’ignorance de données provenant de sources indépendantes de l’industrie, la sélection par les industriels des études qui leur sont favorables… Serait-on en présence d’un vaste complot mondial orchestré par une multinationale qui aurait soudoyé toutes les agences sanitaires ?

Plutôt que de sombrer dans les ornières du complotisme qui, de nous jours a envahi la toile, revenons sur la définition du danger mis en évidence par le CIRC et des risques d’exposition retenus par les agences sanitaires dans les situations réelles d’utilisation. Rien de contradictoire en réalité, les critères d’analyse et objectifs de ces différentes institutions n’étant pas les mêmes. Pour illustrer leur différence d’interprétation, il est plus parlant de prendre comme exemple une autre molécule figurant dans le groupe 2A que beaucoup de Français absorbent tous les jours sans le savoir : l’acrylamide.

Pourquoi choisir cette molécule ?

Extraits de la nomenclature du CIRC

La nomenclature du CIRC est consultable ici

L’acrylamide se forme spontanément lors de cuissons à haute température (supérieure à 120 °C) d'aliments riches en glucides et en protéines. Cette substance est présente dans le café suite à la torréfaction, mais aussi dans de nombreux autres produits soumis à des températures élevées, comme les amandes grillées, les frites et même certains légumes cuits.

L’acrylamide appartenant à la même classification que le glyphosate, pourquoi personne ne demande l’interdiction du café ? Pourquoi tant d’énergie pour combattre l’usage du glyphosate, et rien contre le café qui contient une substance reconnue comme cancérogène probable dans la nomenclature du CIRC ?

Parce qu’il n’existe aucune étude scientifique démontrant que la consommation du café entraine une augmentation des risques de cancer (il existe même des études qui montrent l’inverse en raison des propriétés antioxydantes du café). La dose d’acrylamide est si faible dans le café que pour retrouver un risque de cancer inquiétant, il faudrait au moins consommer 1000 tasses de café par jour.

Le café a été considéré par le CIRC comme cancérigène probable durant une vingtaine d’années avant qu’il ne soit retiré de sa nomenclature. Car il fallait bien admettre que, dans la vie courante, le risque cancérogène est nul, démontré par des études épidémiologiques irréfutables. Pour autant, l’acrylamide est toujours bien présent dans la nomenclature du CIRC à côté du glyphosate et d’autres substances utilisées par exemple dans le traitement des cancers comme l’adriamycine, ou encore le chloramphénicol antibiotique essentiel de l’Organisation Mondial de la Santé.

Pour citer Paracelse « Tout est poison et rien n’est sans poison ; la dose seule fait que quelque chose n’est pas un poison. ». Plus l’’exposition à l’agent cancérogène est faible, plus le risque de développer un cancer diminue. Ce risque est pratiquement nul quand l’exposition est 700 fois inférieure à la dose considérée comme toxique (a).

Le CIRC a notamment établi que le glyphosate est cancérigène sur l’animal à partir de doses très largement supérieures à celles utilisées pour détruire les adventices, soit environ 1000 fois la dose préconisée en agriculture (b). Il est important de savoir si aux doses utilisées par les agriculteurs, le risque de développer un cancer existe encore, y compris sur le long terme. Les conclusions de toutes les agences sanitaires précisées plus haut sont sans équivoque ; une absence de risque significatif dans les situations normales d’utilisation.

C’est surtout durant la manipulation des bidons de concentré de glyphosate que le risque de toxicité peut devenir préoccupant si les précautions requises ne sont pas appliquées. Cette situation est quelquefois rencontrée dans les campagnes où certains agriculteurs ne portent pas de protection individuelle et s’exposent pendant des années à des inhalations (les concentrés solubles de glyphosate atteignent souvent 450 grammes par litre de matière active).

L’EFSA et les publications de Monsanto

L'EFSA est accusée d’avoir repris mot pour mot le dossier soumis par Monsanto. En ce qui concerne les études indépendantes, La grande majorité des études montrant un effet délétère du glyphosate auraient été déclarées non fiables. A contrario, l'EFSA affirme qu'elle a évalué les études soumises par les industriels de manière indépendante. Ecarter la copie d’un texte n’a de sens que si son contenu est entaché d’erreurs quel que soit son origine. Faut-il alors s’appuyer sur des données robustes contredisant les documents fournis par leurs auteurs publics ou privés. Si des experts estiment que l’étude provenant d’un industriel est correcte, pourquoi faudrait-elle l’ignorer ? En outre, les agences sanitaires exigent des industriels qu'ils financent des études de long terme sur des centaines de rats, qu'aucune université n'est capable de conduire.

Le CIRC n’a pas manqué de prendre en compte des études industrielles. Sur les études de cancérogénicité animale du glyphosate et sur les huit études à long terme retenues par le CIRC, quatre auraient présenté des preuves suffisantes. Or, ces quatre études sont des études réglementaires obligatoires financées par les industrielles, trois études financées par Monsanto en 1981, 1983 et 1990 et une étude financée par Cheminova en 1993.

Quant aux études de recherche qui n’ont pas été prises en compte par les agences sanitaires, c’est parce qu’elles ne remplissaient pas les critères permettant d’affirmer les résultats prétendus. Pour citer un exemple, c’est pour cette raison que les travaux de l’INSERM pourtant pris en compte par l’EFSA n’ont pas modifié son avis. Un protocole minutieux est imposé et tout doit être vérifié : l’origine des produits testés (les dosages sont-ils équivalents à ceux mis sur le marché), les méthodes de mesure, le nombre d’essais, la nature et le nombre de participants des cohortes, les biais éventuels…. Pour identifier les dangers et les risques d’exposition d’une substance, l’EFSA effectue une analyse de toutes les publications scientifiques, mais pas n’importe comment. Les études sont retenues si elles respectent les critères rigoureux et obligatoires définis notamment dans le règlement de l’Union européenne n° 283/2013. Le glyphosate étant un sujet très sensible, il est certain que chaque publication a été examinée à la loupe par l’EFSA et les autres agences sanitaires, d’autant que l’entreprise Mosanto a été condamnée plusieurs fois à verser des indemnités à des particuliers.

Glyphosate et lymphome non hodgkinien

Il est intéressant de revenir sur un sujet souvent évoqué par les militants anti glyphosate. Des méta-analyses renforceraient la présomption d’un lien entre glyphosate et le risque de Lymphomes non hodgkiniens dans des populations d’agriculteurs (qui est encore un cancer rare chez les agriculteurs). Plusieurs études récentes, dont une analyse de cohorte (Andreotti et coll., 2018) spécifiquement sur l’exposition au glyphosate en utilisant les données de suivi les plus à jour, ne montrent pas d’association et aucun effet dose n’a été mis en évidence. Le Groupe de travail commun sur les résidus des pesticides (JMPR) de l’Organisation mondiale de la santé a souligné que l’étude de l’Agricultural Health Study (AHS) constitue la seule étude prospective de bonne qualité.

C’est aussi pour cette raison qu’aux États-Unis, le procès largement médiatisé de Mark McCostlin contre la Sté Monsanto déboucha sur un échec. Mark McCostlin était persuadé que le glyphosate est à l’origine de son lymphome non hodgkinien mais le juge Brian May a estimé qu’il n’y avait pas de preuve renvoyant dans les cordes l'armée d'avocats entourant le plaignant. A noter que l'un des avocats de Mark McCostlin, qui participa aux « Monsanto papers » a été radié du barreau après avoir purgé deux ans de prison : il avait tenté de faire chanter un autre fabricant de pesticides.

Il est utile de rappeler que l’étude de la cohorte Agrican en France (c) qui rassemble plus de 180 000 personnes appartenant au monde agricole français, montre que la mortalité des agriculteurs principaux utilisateurs des pesticides est inférieure ou égale à celle de la population générale pour toutes les formes de cancer. Cette étude confirme une autre étude épidémiologique effectuée aux États-Unis par l’Agricultural Health Study, suivant depuis 1993 54 000 agriculteurs américains et leurs familles, utilisateurs de glyphosate, et qui ne trouva aucun risque de cancer associé à l'herbicide.

En ce qui concerne la mortalité, on ne trouve chez les agriculteurs français aucune mortalité supérieure à la normale, quelle que soit la forme de cancer. Au contraire, leur mortalité est significativement inférieure à celle de la population générale pour la majorité des types de tumeurs que les agriculteurs soient ou non-utilisateurs de pesticides.

Ainsi, à ce jour, il n’existe aucune étude scientifique robuste montrant que la dose de glyphosate préconisée en agriculture présente un risque cancérogène avéré tant que les précautions recommandées sont appliquées. Et c’est spécifié dans la fiche synthétique de l’INRS en cliquant ici.

Une étude très détaillée du CNRS sur les risques sur la santé du glyphosate et formulations à base de glyphosate est également accessible ici

a) Les perturbateurs endocriniens qui agissent à très faibles doses n’obéissent pas à cette règle, mais leurs actions sur les organismes sont très différentes (ils perturbent l’action des hormones). Bien que les données de la littérature soient contradictoires, l’Efsa a publié en 2017 que le glyphosate n’était probablement pas un perturbateur endocrinien, laissant cependant le débat ouvert.

b) Depuis octobre 2020, le glyphosate est autorisé à 1080 g/ha/an seulement dans les situations de non-labour ou labour d’été-début automne en sol hydromorphe ou en présence d’adventice règlementée (l’ambroisie est surtout concernée dans certains départements), dans ce dernier cas la dose peut aller jusqu’à 2880 g/ha/an.

c) https://www.europeanscientist.com/fr/opinion/pesticides-et-cancers-chez-les-agriculteurs-la-fuite-en-avant-vers-lirrefutabilite-premiere-partie/

Caractéristiques toxicologiques du glyphosate précisées dans la fiche synthétique de L’INRS

Toxicocinétique – Métabolisme
La pénétration du glyphosate à travers la peau est limitée (moins de 3 % chez le rat). Il est peu, voire pas du tout, métabolisé chez l’animal et il ne s’accumule pas.

Toxicité expérimentale

Toxicité aiguë
La toxicité aiguë du glyphosate est faible par voie orale. L’exposition par inhalation provoque des atteintes pulmonaires parfois sévères, des atteintes hépatiques et rénales. De légères irritations cutanées et de sévères irritations de l’œil ont été rapportées.

Toxicité subchronique, chronique
Les études subaiguës et subchroniques par voie orale montrent une toxicité faible du glyphosate.

Effets génotoxiques
Le potentiel mutagène du glyphosate a été évalué dans de très nombreux tests in vitro et in vivo, qui n’ont pas montré d’effets génotoxiques.

Effets cancérogènes
Les différentes études de toxicité chronique réalisées n’ont pas mis en évidence de potentiel cancérogène pour le glyphosate.

Effets sur la reproduction
Aucun effet sur les paramètres de la reproduction n’a été noté, et les études conduites sur le rat et le lapin n’ont pas mis en évidence d’effets tératogènes du glyphosate à des doses non toxiques pour les mères.

Toxicité sur l'Homme
Il n’existe pas de donnée sur l’exposition au glyphosate seul, mais seulement en préparation commerciale. L’exposition aiguë à ces préparations est en général irritante, voire caustique, pour la peau et les muqueuses. Des réactions allergiques sont rapportées. L’ingestion volontaire ou accidentelle entraîne des atteintes sévères pouvant être d’évolution fatale. La présence de surfactant dans la préparation a été rendue responsable des complications pulmonaires fréquemment observées. L’exposition répétée cause des dermites de contact. Une augmentation du risque d’apparition de certaines hémopathies a été rapportée, mais aucune conclusion ne peut être rendue actuellement. Il n’existe pas de donnée sur les effets génotoxiques ou toxiques pour la reproduction.

La forte controverse sur le glyphosate déclenchée depuis quelques années par des journalistes d’insinuation, de quelques scientifiques militants, et d’ONG a produit de nombreux effets négatifs et dérives interdisant le grand public de démêler le vrai du faux. La confusion entre danger et niveau d’exposition est entretenue soit par ignorance des auteurs, soit volontairement pour susciter un climat de peur. Il faut également tenir compte que l’enseignement de la toxicologie alimentaire est réduit dans beaucoup de formations scientifiques, y compris dans les universités médicales expliquant pour quelle raison certains scientifiques sont incapables de faire la différence entre danger et risque.

Les détracteurs du glyphosate sont à l’affut de toute publications scientifiques défavorables. Le glyphosate pourrait avoir un impact sur le système nerveux entrainant des troubles de la mémoire ou des syndromes dépressifs, ou encore altérerait l’expression des gènes, le développent du microbiote, l’apoptose des cellules anormales... (les autres études favorables très nombreuses, plus de 1500 durant la dernière décennie, sont ignorées par les détracteurs du glyphosate). Mais toutes ces études défavorables souffrent souvent des mêmes défauts : Des biais méthodologiques, le manque de rigueur et l’absence d’une traduction des effets négatifs dans des situations d’exposition réelle chez l’homme. Certaines études sont sponsorisées par des organismes et des entreprises connus pour leur militantisme anti-glyphosate ; le lobbyisme et les conflits d’intérêt ne sont pas toujours le fait de Mosanto-Bayer.

C’est le cas d’un détracteur célèbre du glyphosate, Christopher Portier ex directeur d’institutions de recherche fédérale américaines et recruté par un cabinet d’avocats prédateurs. Il a envoyé des lettres aux autorités sanitaires européennes et américaines dans lesquelles il exprime ses doutes sur l’évaluation du glyphosate. Dans un article de la revue « science et speudo-sciences » de l’AFIS du 4-6-2018, il est précisé que C. Portier est « salarié de longue date de l’Environment Defense Fund, une ONG environnementale américaine qui mène des campagnes contre les pesticides depuis les années 60. En mai 2017, M. Portier était payé depuis au moins deux ans par un cabinet d’avocats américain pour préparer une plainte collective contre Monsanto à propos du glyphosate. Des documents déclassifiés par la justice américaine fin 2017 (2) montrent que Christopher Portier a touché environ 160 000 dollars d’honoraires sur deux ans (hors notes de frais) pour collecter des informations scientifiques sur la dangerosité du glyphosate, susceptibles d’être opposées à Monsanto ».

Voici quelques exemples de coups médiatiques visant à disqualifier le glyphosate qui ont défrayé la chronique dans les médias, chaînes de TV et réseaux sociaux :

Trois études contestables sur le glyphosate rejetées par la communauté scientifique

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En décembre 2008, une étude de l'université de Caen publiée dans la revue Chemical Research in Toxicology, tente de mettre en évidence l'impact de diverses formulations contenant du glyphosate sur des lignées cellulaires humaines. Les auteurs signalent diverses atteintes des cellules (nécrose, asphyxie, dégradation de l'ADN…) qui seraient induites par le glyphosate ou par son produit de dégradation (AMPA), ou encore par un adjuvant présent dans certaines préparations. Cette étude a été fortement critiquée par la communauté scientifique. L'AFSSA a notamment mis en évidence trois erreurs méthodologiques :

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Les cellules ont été soumises à un pH 5,8 sans solution tampon pendant 24h, ce qui permet non pas d'observer l'effet du glyphosate, mais plus vraisemblablement l'effet d'une solution acide et hypotonique sur des cellules. Les cellules animales supportent un pH entre 7,4 et 6,8 et ont besoin d'un environnement ionique précis pour survivre. En l'absence de cellules témoins traitées dans les mêmes conditions l'effet du glyphosate ne peut être confirmé.

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Les observations de mortalité cellulaire ne peuvent pas être extrapolées sur le comportement de l'organisme entier. Des nombreuses substances provoquent des mortalités cellulaires locales sans être toxiques pour l'organisme entier, c'est notamment le cas de certains désinfectants (certains composants des collyres, par exemple).

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L'agence estime que « les auteurs de l'étude surinterprètent leurs résultats en matière de conséquences sanitaires potentielles pour l’homme, notamment fondées sur une extrapolation in vitro in vivo non étayée ».

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En 2010 des scientifiques argentins ont tenté d’évaluer les effets de faibles doses de glyphosate sur le développement en étudiant des embryons de vertébrés. Leur étude publiée dans la revue Chimical Research Toxicology le 9-8-2010 (1) précise notamment que les embryons traités sont hautement anormaux. Là encore il s'agit d'une expérience douteuse, car la solution employée présentait une concentration de 72 à 192 mg de glyphosate par litre, soit 720 000 à 1 900 000 fois supérieure à la dose maximale autorisée pour l'eau potable en France.

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L’une des études les plus controversées et médiatisées contre le glyphosate fut menée en 2012 par le professeur de biologie moléculaire Gilles-Éric Séralini sur la toxicité du Roundup et du maïs OGM NK603 de Monsanto. Ce chercheur cofondateur du GRIIGEN, opposé à la culture des plantes génétiquement modifiées, reçut l’appui d’Elise Lucet dans un reportage d’Envoyé spécial et du Nouvel Observateur du 20 septembre 2012 qui publia un article intitulé : « OUI, LES OGM SONT DES POISONS ». Pourtant, l’étude de Gilles-Éric Séralini fit l’objet d’une critique quasi unanime de la communauté scientifique avant d’être invalidée par trois études européennes de grande ampleur. Cette étude fut retirée de la célèbre revue Food and Chemical Toxicology qui l’avait initialement publiée (elle fut republiée en juin 2014 en open access dans la revue allemande Environmental Sciences).

Aucun des journalistes d’investigation n’a corrigé Éric Séralini lorsqu’il affirma dans un reportage que l’eau du robinet contenant une dose de glyphosate de 0,1 microgramme par litre (autorisée par la réglementation) est de manière chronique un produit mortel, ce qui est faux. La publication de l’étude de Gilles-Éric Séralini fit l’objet d’une mise en scène médiatique orchestrée par une agence de communication financée par certains géants de la grande distribution désirant investir le marché des produits sans OGM. Un accord de confidentialité a même été signé entre Gilles-Éric Séralini et quelques membres de rédactions, comme celle du Nouvel Observateur. Pour en savoir plus sur cette affaire, cliqer ici

Les pisseurs de glyphosate à la rescousse

La campagne contre le glyphosate lancée en avril 2018 se caractérisa par le recrutement de milliers de pisseurs volontaires afin de savoir si leurs urines contenaient cet herbicide tant décrié. Les stars Jamel Debbouze et Julie Gayet furent enrôlées par Élise Lucet pour un reportage d’Envoyé spécial alors que le test utilisé, la méthode Elisa, est connu pour être foireux générant plus de 80 % de faux positifs. Cette procédure d’analyse avait été conseillée par l'ONG antipesticide Générations Futures. Les mêmes échantillons soumis à un test réalisé par chromatographie couplée à la spectrométrie de masse n'ont révélé que des traces infimes dans 15 % à 25 % des échantillons sans conséquence sur la santé des pisseurs volontaires.

Tout se mélange dans la nature à des doses infinitésimales que des analyses de laboratoire peuvent de nos jours mettre en évidence. C’est ainsi que l’on peut trouver des doses infimes d’uranium radioactif 235 voir d’arsenic dans le corps humain sans que cela soit préoccupant. Bien entendu, cela est rarement dévoilé par les militants anti-glyphosate, qui utilisent ces analyses infinitésimales pour entretenir leur théorie complotiste et la chimiophobie.

Des études médiocres entachées de conflits d’intérêts non déclarés

L’Institut italien Ramazzini connu pour sa ligne partisane contre les pesticides, a publié en été 2025 une étude dans son journal prétendant fournir des preuves significatives montrant une augmentation liée à la dose de tumeurs bénignes et malignes chez des rats exposés au glyphosate. Cette étude a été promue par un large éventail d’ONG, d’activistes et de journalistes d’insinuation, d’organisations politiques et de groupes d’intérêts du secteur américain du contentieux. Cette étude avait pour ambition d'apporter une pièce importante dans le débat autour des effets sur la santé du glyphosate mais les faiblesses scientifiques de cette publication n’ont guère retenu l’attention du journal l’« humanité », d’Europe Ecologie, du journal Le Monde des presses locales tel que Ouest France et d’autres encore. Cette étude a fait l’objet d’une analyse critique du biostatisticien réputé Robert Tarone dans «The Firebreak » dont voici un résumé :

•

Les résultats fournis par les chercheurs de Ramazzini souffraient d'une analyse statistique erronée (utilisant des valeurs p approximatives incorrectes plutôt que des valeurs p exactes beaucoup plus élevées), ce qui signifie que le nombre de tendances tumorales significatives était en réalité très faible.

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Le financement de la recherche était entaché de conflits d'intérêts non déclarés (en particulier de la part du secteur américain du contentieux).

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Le processus de publication de l'article était biaisé (dans une revue contrôlée par Ramazzini et évaluée par un activiste du Pesticide Action Network).

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Les chercheurs ont tiré des conclusions malgré l'absence de preuves statistiquement significatives dans leurs tableaux de résultats.

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Les chercheurs ont choisi de ne pas citer ni discuter une importante étude sur les tumeurs chez les rongeurs qui contredit leurs conclusions.

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Les résultats résumés de la monographie 112 du CIRC concernaient uniquement les adénomes observés, sans progression apparente vers des carcinomes.

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Les trois groupes exposés au glyphosate dans l'étude Ramazzini ont tous montré une absence de preuve de tendance dans l'incidence des tumeurs sur l'ensemble des sites anatomiques.

Une traduction de l’article contenant plus de détails sur cette analyse critique est disponible en cliquant ici

Le dessous des cartes d’une rétraction d’article 25 ans après sa publication

Plus récemment, un article publié en 2000 par Williams et al. sur la sécurité du glyphosate dans le journal à comité de lecture « Regulatory Toxicology and Pharmacology » a fait l’objet d’une rétraction pour une question d’intégrité scientifique, soit 25 ans après sa publication. Cette rétraction, et il fallait s’y attendre, a fait l’objet d’une campagne médiatique des anti-glyphosates relayée dans les presses locales et réseaux sociaux. Cet article retenu en 2000 par les agences sanitaires présentait des preuves de l’innocuité du glyphosate et s’appuyait sur des données fournies par l’industrie. En outre un courrier divulgué lors de la préparation des poursuites judiciaires contre Monsanto, aurait révélé que cette entreprise avait participé à la rédaction de l’article.

La rétraction de l’article n’est donc pas fondée sur des données trafiquées ou une méthodologie erronée. L'EFSA, avait déjà réagi il y a deux ans sur cet article et les preuves présentées, affirmant que l'implication de l'industrie avait été déclarée et que la manière dont l'article avait été rédigé n’entachait pas le contenu scientifique. Il est intéressant de noter que le coéditeur de la revue qui a rétracté l’article (M. Martin van den Berg) est connu pour son activisme contre l’industrie et qu’il s'est fait connaître au début des années 2000 pour ses tests sanguins rudimentaires afin de soutenir les campagnes des ONG contre des retardateurs de flamme bromés. Le dessous des cartes concernant cette affaire qui contient d’autres informations intéressantes sur les motifs de cette rétraction est disponible en cliquant ici.

Enfin, des études ont montré que le glyphosate est aussi un antibiotique et qu’il dégraderait le microbiome du sol. lI peut chélater le calcium et le magnésium réduisant leur absorption par les plantes. Ces inquiétudes n’ont jamais été confirmées dans les techniques de conservation des sols (notamment le sans labour) où le glyphosate est utilisé pour détruire les cultures intercalaires. C’est même l’inverse qui est constaté l’objectif de ces techniques culturales très utilisées notamment aux USA, étant de reconstituer la biodiversité des sols. Encore une fois, ces études n’ont rien à voir avec la réalité des pratiques agricoles et des conséquences liées notamment aux doses utilisées. On imagine mal comment un objectif aussi prioritaire que la reconstruction de la biodiversité des sols serait annihilée par l’épandage d’une substance toxique qui viendrait à empoisonner la microflore.

Dallas détrôné par le glyphosate

L’interdiction définitive en agriculture du glyphosate suffira-t-elle à faire disparaitre cette molécule dans la nature et dans l’urine des pisseurs volontaires ? On peut en douter, car des chercheurs ont constaté que la majeure partie du glyphosate retrouvé dans les rivières d’Europe ne vient pas de l’agriculture, mais des stations d’épuration des eaux usées à partir d’additifs utilisés dans les lessives ; les aminopolyphosphonates. Le feuilleton contre le glyphosate est donc loin d’être terminée, les prochaines victimes étant probablement les machines à laver, les producteurs de savon et les femmes de ménage qui les utilisent ….

Des conséquences désastreuses pour tout le monde

L’interdiction du glyphosate en France compromet la disponibilité d’un outil efficace pour les agriculteurs, les particuliers et les collectivités locales. Les conséquences économiques sont catastrophiques, tant pour les agriculteurs qui subissent une concurrence déloyale des productions étrangères, que pour les collectivités locales qui doivent recourir au désherbage le plus souvent manuel, ce qui coûte une fortune aux contribuables. Quant aux jardiniers amateurs, ils n’ont plus de solution de désherbage efficace, sauf l’huile de coude telle que pratiquée au moyen âge. Un retour en arrière de plus d’un siècle pour satisfaire une clientèle électorale aveuglée par des extrémistes rétrogrades et antiprogressistes.

Pour en savoir plus ; la saga du glyphosate (Une bibliothèque d’articles, communiqués de presse etc…) ; cliquer ici

Avis de quelques agences sanitaires non européennes sur la cancérogénicité du glyphosate
• Autorité de protection de l’environnement de Nouvelle-Zélande (NZ EPA, août 2016) « Il est conclu que le poids global de la preuve indique que le glyphosate n’est pas cancérogène » (5.
• Autorité australienne des pesticides et des médicaments vétérinaires (APVMA, septembre 2016) : « L’APVMA a conclu que le glyphosate ne présente pas de risque cancérogène chez l’humain » (6).
• Commission japonaise de sécurité des aliments (FSCJ, 30 septembre 2016) : « Le glyphosate ne présente ni neurotoxicité, ni cancérogénicité, ni toxicité pour la reproduction, ni teratogénicité, ni génotoxicité » (7).
• Agence canadienne de réglementation de la lutte antiparasitaire (ARLA, 28 avril 2017) : « Le glyphosate n’est pas génotoxique et il est peu probable qu’il présente un risque de cancer pour les humains » (8).
• Agence américaine de protection de l’environnement (US EPA, 12 décembre 2017) : « L’évaluation complète des données soutient la mention « non susceptible d’être cancérogène pour l’Homme » » (9).

1) ARC Monographs Questions and Answers”, OMS, 2015.
https://pediatraselche.files.wordpress.com/2015/10/monographs-qa.pdf
2) Exhibit 2, UNITED STATES DISTRICT COURT NORTHERN DISTRICT OF CALIFORNIA, ROUNDUP PRODUCTS MDL LIABILITY LITIGATION
3) glyphosate-Based Herbicides Produce Teratogenic Effects on Vertebrates by Impairing Retinoic Acid Signaling
4) Water Research 1 10 2024 Université de Tübingen ; Glyphosate contamination in European rivers not from herbicide application? Glyphosate contamination in European rivers not from herbicide application? - ScienceDirect ♦
5) Review of the Evidence Relating to Glyphosate and Carcinogenicity ur epa.govt.nz
6) Glyphosate sur apvma.gov.au
7) Risk Assessment Report : Pesticides, Glyphosate, Food Safety Commission of Japan sur jstage.jst.go.jp
8) Décision de réévaluation RVD2017-01, Glyphosate sur publications.gc.ca
9) Revised Glyphosate Issue Paper : Evaluation of Carcinogenic Potential sur regulations.gov

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